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Entretiens > Donn Aron
Donn Aron
Monteur de plusieurs films de Walter Hill (Double détente, Johnny Belle Gueule, 48H de plus...), Donn Aron est aussi et surtout un collaborateur de longue date de la team Jean-Claude Van Damme / Sheldon Lettich. Bien qu'il n'ait pas souhaité s'étendre sur cette collaboration, il a accepté de nous parler de son travail.

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JeanClaudeVanDamme.fr - Comment êtes vous arrivé au montage de films?
Donn Aron - Je ne me souviens pas exactement du moment où j’ai réellement pris la décision de devenir monteur pour le cinéma, mais c’était probablement au moment où j’ai obtenu mon premier boulot d’apprenti dans des films publicitaires. J'ai apprécié le processus, apprenant en observant les autres monteurs créer des scènes de toute pièce à partir de plans tournés par le réalisateur. C’était magique. Ce que je veux dire, c’est que vous avez devant vous, en tant que monteur, tous ces différents moments du film qui racontent une histoire avec des images et des mots. Le monteur n'est pas le réalisateur, mais il doit en partager la vision. Le monteur choisit l'angle, la taille et la durée de chaque plan et les remonte dans des combinaisons sans fin. Le montage est une expérience unique, axée avant tout sur le rythme avant même la signification. C’est un véritable défi qui consiste à remonter tous ces éléments pour raconter une histoire.
JeanClaudeVanDamme.fr - Quels sont vos modèles dans le domaine du montage?
Donn Aron - Les films que j'ai appréciés pour leur montage sont nombreux et variés. Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg me vient tout de suite à l'esprit, particulièrement la bataille d'ouverture sur la plage d'Omaha. La Chute du Faucon noir de Ridley Scott est également merveilleusement monté. Moulin Rouge de Baz Luhrmann pour ses allers retours incessants entre la danse et la musique. Il y a aussi The Thin Blue Line, d’Errol Morris, un documentaire reconstituant l'histoire vraie d'un meurtre à partir de différents points de vue. Plus récemment, La Vie des autres, de Florian Henckel von Donnersmarck, un film incroyable à tous les niveaux. Mais vous savez, j’apprécie les films principalement pour l'histoire, et non en raison de leur montage. Le processus de fabrication d’un film est entrelacé de tas de combinaisons : l’écriture, la mise en scène, la production, la création des costumes, le cadrage, le jeu des acteurs, la musique, la bande-son, les effets visuels, et bien entendu le montage.
JeanClaudeVanDamme.fr - Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui débuterait dans le métier ?
Donn Aron - Garder l'esprit ouvert, surtout vis à vis des gens avec qui vous travaillez. Écouter soigneusement ce que le réalisateur vous dit, et ce qu'il souhaite exprimer dans le film. Le réalisateur engage un monteur, la fidélité l'un envers l'autre fait partie de l'arrangement, pendant la production et la post-production. C'est un effort de collaboration sur du long terme. La réussite de votre carrière vient aussi bien de ces éléments que de vos qualifications techniques. Surtout, vous devez être ambitieux et proposer des nouvelles idées, faire des suggestions. Le procédé de fabrication d'un film ne laisse pas de place à la timidité, et plus encore dans une salle de montage. Les monteurs sont directement dans la ligne de mire, étant donné qu'il peut y avoir de nombreuses manières de monter et de terminer un film. La pression qui s'exerce sur nous est très particulière. Avec le producteur, l'auteur et le réalisateur, le monteur est la seule personne qui reste jusqu'à la finition totale du film. Ce qui peut être un défi et entraîner de nombreuses récompenses. Mon conseil à quelqu'un pensant à cette profession : suivre et observer un monteur au travail pour voir ce qu'il ou elle fait.
JeanClaudeVanDamme.fr - Pouvez-vous nous parler de votre collaboration fructueuse avec Walter Hill, sur les films Extrème préjudice, Double détente, Johnny Belle Gueule, 48 heures de plus, Géronimo ? C'est un réalisateur qui a été très sousestimé par le passé, mais qui semble aujourd'hui connaître un regain d'intérêt (la Cinémathèque Française lui ayant même consacré une rétrospective).
Donn Aron - Mon premier travail de montage, c'était justement pour le film Double Détente. J'étais engagé en tant que 3ème monteur. Freeman Davies est le monteur attitré de Walter depuis de nombreuses années. Il m'a proposé de travailler avec lui sur le montage de trois autres films de Walter Hill. C'était une expérience merveilleuse, qui m'a apporté des compétences importantes sur le montage. C'était un honneur pour moi de faire partie de leur équipe. Double Détente, comme je vous l'ai dit, constituait ma première expérience dans le domaine du montage. L'approche générale commençait par la vision des premières scènes dans la de montage de Freeman, Walter travaillait individuellement avec nous plus tard. Walter a toujours encouragé le travail de groupe dans tout le processus de montage. Si vous aviez une bonne idée, il était prêt à vous écouter. Il a toujours respecté l'opinion du monteur, sa maxime était : «essaye et montre moi ce que ça donne».
Afin d'assurer ses arrières et d'avoir un choix entre plusieurs angles, il tourne régulièrement avec plusieurs caméras. Walter nous laissait le choix de la première coupe, afin qu'il puisse trouver une ligne directrice pour chaque scène. Le film entier était alors revisité, revu, et de nombreuses modifications y étaient de nouveau apportées. Il laissait l'histoire évoluer d'elle-même dans la salle de montage, au fil des scènes qui changeait d'ordre. Il lui arrivait fréquemment de déplacer les dialogues au sein d'une même scène. Au final, le film subissait une véritable réécriture dans la salle de montage.
Mes meilleurs souvenirs sur Walter concernent le film Johnny Belle Gueule. J'ai monté une scène de dialogue entre Mickey Rourke et Ellen Barkin dans un bar à stripteases. Une scène très bien jouée et filmée, qui semblait se monter d'elle-même. Je montre le résultat à Walter et lui demande s'il a des commentaires. Il me répond qu'on "ne touche pas un Rembrandt". Le plus beau compliment que l'on puisse recevoir d'un cinéaste, c'est quand celui-ci ne retouche pas la scène que vous venez de monter. Monter une scène d'action réalisée par Walter constituait toujours pour moi un véritable plaisir. Toujours sur Johnny Belle Gueule, la scène du vol du livre de paie était un défi passionnant. C'était une très longue scène, elle-même constituée de plusieurs petites scènes qui formaient un tout. Les scènes d'action de Walter sont complexes et tournées, comme je l'ai dit, avec plusieurs caméras. Cela donne une approche architecturale du chaos filmé... La Mémoire dans la peau, avec vingt ans d'avance.
La dernière fois que j'ai travaillé avec Walter Hill, c'était sur Geronimo : An American Legend, un grand drame historique sur les dernières années de la tribu apache des Chiricahua et sur leur chef Geronimo. Travailler sur ce film a sans doute été un des points culminants de ma carrière de monteur. La musique de Ry Cooper a apporté à ce drame épique une atmosphère spirituelle et fantasmagorique, tout comme la photographie des décors naturels d'Utah par Lloyd Ahern. Faisant partie de l'équipe de monteurs, j'ai eu l'opportunité, la chance même, de m'occuper de la mort de Robert Duvall, lors du combat dans la cantine mexicaine. Le grand moment de cette scène restant celui où Duvall, mourrant, dit ses derniers mots. Walter Hill est un réalisateur brillant, avec un véritable instinct de metteur en scène qui lui permet de capturer de merveillent moments de cinéma.
JeanClaudeVanDamme.fr - Vous avez travaillé avec Mark Lester, principalement connu pour son fameux Commando.
Donn Aron - Après avoir travaillé avec Walter Hill, j'ai été engagé par Mark Lester sur Extrême justice (un film tiré d'une histoire vraie, avec Lou Diamond Phillips et Scott Glenn, sur une section spéciale du département de police de Los Angeles). C'était la première fois que je travaillais seul sur le montage d'un film. Mark est un réalisateur très expérimenté, il a travaillé avec un tas de monteurs avant et après moi. La première chose qu'il m'a dit, c'était qu'il voulait que les scènes montées aient l'air finalisées. J'ai pris ça comme un avertissement : "ne me montre rien d'inabouti, de non fini". Il m'a laissé une complète liberté et n'a pas interféré dans le montage. J'apprécie beaucoup ses films, la mise en scène est très bien pensée, et les scènes d'action sont toujours très bien planifiées. Il ne tente pas de gagner des oscars, son but est simplement de faire des films divertissants.
JeanClaudeVanDamme.fr - Vous avez travaillé sur Le Pape de Greenwich Village, pour lequel Michael Cimino aurait participé à la mise en scène avec Stuart Rosenberg. Pouvez-vous nous parler de ces rumeurs ?
Donn Aron - Je n'ai jamais entendu parler de cette histoire auparavant. J'étais assistant au montage durant près d'un an sur ce film, donc je pense que je serais en mesure de vous dire si c'est vrai ou faux. Sur ce film, c'est moi qui ai proposé l'utilisation de tambours dans la musique irlandaise de Dave Grusing.
JeanClaudeVanDamme.fr - Quels sont, selon vous, les cinéastes les plus importants avec lesquels vous avez travaillé ?
Donn Aron - Tous ont été importants à mes yeux, et ont apporté quelque chose à ma carrière.
JeanClaudeVanDamme.fr - Votre première collaboration avec Sheldon Lettich remonte à 1997, pour Perfect Target. Depuis, vous avez de nouveau été réunis pour The Order.
Donn Aron - J'ai participé au montage de trois des films de Sheldon. La première fois que je l'ai rencontré, c'était lors d'un repas de travail en 1994, pendant lequel il s'entretenait avec divers monteurs pour Only the Strong. A ce moment, j'étais déjà engagé sur un autre film, mais j'étais néanmoins flatté qu'il pense à moi pour le montage de son film. Suite à cette rencontre, j'ai loué les vidéos de Double Impact et de Full Contact. Ces films m'ont beaucoup impressionné, car ils contenaient un travail très fort de mise en scène.
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